Pharmaciens : un rapport de l’État pointe des failles de gouvernance et appelle à une profonde réforme de l’Ordre national


04 juin 2026 - 172 vues

Un audit inédit remet en question l’organisation de l’Ordre des pharmaciens

L’Inspection générale des finances (IGF) a publié en mars 2026 un rapport particulièrement critique sur le fonctionnement de l’Ordre national des pharmaciens. Ce document de plusieurs centaines de pages met en lumière des dysfonctionnements de gouvernance, des irrégularités administratives et une organisation jugée parfois inadaptée aux missions confiées à l’institution.

Chargé de garantir la déontologie, l’indépendance et la qualité de l’exercice de la profession pharmaceutique, l’Ordre national des pharmaciens est aujourd’hui structuré autour de 24 conseils et de 716 conseillers ordinaux répartis sur l’ensemble du territoire, y compris dans les outre-mer. Pourtant, selon les inspecteurs, l’essentiel des missions opérationnelles est désormais assuré par les salariés de l’institution. Cette situation conduit l’IGF à s’interroger sur la pertinence du modèle actuel.

Une gouvernance jugée trop lourde

Le rapport souligne que l’Ordre compte près de 228 salariés, dont une majorité assure directement les missions administratives et techniques. Les élus ordinaux interviennent principalement au stade de la validation des décisions, avec une implication variable dans l’instruction des dossiers.

Les inspecteurs estiment que cette organisation crée un décalage entre le poids institutionnel des instances élues et la réalité du travail effectué au quotidien. Ils recommandent notamment un meilleur suivi de l’activité des conseillers ordinaux et une évaluation plus rigoureuse de leur contribution.

Des finances solides mais des dépenses sous surveillance

Sur le plan financier, l’Ordre des pharmaciens affiche une situation confortable avec plus de 53 millions d’euros de réserves et une trésorerie estimée à 25 millions d’euros en 2024.

Cependant, l’IGF constate une augmentation continue des dépenses, notamment des charges de personnel, qui représentent désormais près de 18 millions d’euros par an. Les dépenses indemnitaires versées aux élus ont également progressé de 27 % depuis 2019 pour atteindre près de 3 millions d’euros en 2024.

Face à cette situation, les inspecteurs estiment que la hausse récente des cotisations ordinales pourrait être réexaminée et recommandent une simplification du système de cotisation afin de le rendre plus lisible et plus efficace.

Contrôle déontologique : des missions insuffisamment exercées

L’un des constats les plus marquants du rapport concerne le contrôle de la déontologie professionnelle.

Selon l’IGF, certaines missions prévues par le Code de la santé publique ne sont pas pleinement exercées. Les inspecteurs relèvent notamment l’absence de contrôle systématique des contrats conclus par les pharmaciens, alors même que les enjeux financiers du secteur se renforcent.

Le rapport pointe également des insuffisances dans le suivi des obligations de formation continue des professionnels ainsi que dans l’application des règles encadrant les avantages consentis par les laboratoires pharmaceutiques.

L’affaire Urgo continue de peser

Les inspecteurs reviennent également sur l’affaire Urgo, vaste scandale ayant impliqué plusieurs milliers de pharmaciens à travers la France.

Selon les éléments cités dans le rapport, environ 8 000 pharmaciens auraient été concernés par un système d’avantages irréguliers entre 2015 et 2021. L’IGF estime que cette affaire met en évidence les limites des dispositifs de contrôle actuellement en place et appelle à un renforcement significatif des procédures de surveillance et de transparence.

Les conseils régionaux dans le viseur

Parmi les propositions les plus marquantes figure la suppression des douze conseils régionaux représentant les pharmaciens titulaires d’officine.

L’Inspection générale des finances considère que ces structures coûtent près de 6 millions d’euros par an tout en reposant largement sur le travail des équipes salariées. Les inspecteurs proposent un pilotage davantage centralisé afin d’améliorer l’efficacité administrative et le contrôle national des activités.

Quels impacts pour la Guyane ?

En Guyane, où les pharmaciens jouent un rôle essentiel dans l’accès aux soins, notamment dans les communes isolées de l’intérieur, ces recommandations pourraient avoir des conséquences importantes sur l’organisation de la profession.

Même si aucune réforme n’est encore actée, ce rapport ouvre un débat national sur la modernisation des ordres professionnels de santé, leur gouvernance et leur capacité à répondre aux défis actuels de la santé publique.

Les mois à venir devraient permettre au gouvernement, aux représentants des pharmaciens et aux acteurs de terrain d’examiner les suites à donner à ces recommandations qui pourraient transformer durablement le fonctionnement de l’Ordre national des pharmaciens.

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