CAYENNE, le 4 juin 2026 – Un rapport explosif de l’Inspection générale des finances (IGF), publié en mars 2026, met en lumière de nombreuses irrégularités dans la gestion de l’Ordre des médecins en France. Dépenses insuffisamment contrôlées, indemnités contestées, gouvernance opaque et missions déontologiques jugées insuffisamment assurées : les conclusions des inspecteurs dressent un constat sévère et appellent à une refonte profonde de l’institution.
Selon l’IGF, les ressources financières de l’Ordre des médecins, alimentées principalement par les cotisations obligatoires des praticiens, ne sont pas toujours utilisées de manière optimale. Le rapport souligne une forte augmentation des effectifs et de la masse salariale du Conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM), passée de 8,2 millions d’euros en 2020 à près de 12 millions d’euros en 2024.
Les inspecteurs dénoncent également de nombreuses irrégularités dans les procédures d’achat, avec plusieurs contrats conclus sans respect des règles de la commande publique. Des dépenses liées à des congrès, séminaires ou événements institutionnels sont également jugées excessives, certaines dépassant largement les budgets prévisionnels.
Le rapport révèle que certains élus ordinaux ont bénéficié d’indemnités et de remboursements de frais insuffisamment justifiés. L’IGF pointe notamment des déplacements en taxi facturés plusieurs milliers d’euros, des repas dépassant régulièrement les plafonds prévus ainsi que des indemnités versées à des personnes ne siégeant plus officiellement dans les instances ordinales.
Les inspecteurs estiment que le coût global des indemnités représente une part importante des dépenses de l’Ordre et réclament un encadrement beaucoup plus strict de ces pratiques.
Autre élément marquant : l’Ordre des médecins disposait de plus de 90 millions d’euros de réserves de trésorerie à la fin de l’année 2024. Pourtant, les cotisations demandées aux médecins ont continué d’augmenter ces dernières années.
L’IGF s’interroge sur cette stratégie financière et recommande la suspension des hausses de cotisations tant qu’une trajectoire budgétaire pluriannuelle transparente n’aura pas été définie.
Au-delà des aspects financiers, le rapport s’inquiète de la capacité de l’Ordre à remplir sa mission principale : garantir la qualité de l’exercice médical et protéger les patients.
Les inspecteurs relèvent des délais de traitement très variables selon les départements, un contrôle insuffisant des conditions d’exercice des médecins et des difficultés dans la gestion des plaintes et signalements disciplinaires. Plusieurs recommandations visent à renforcer les contrôles et à améliorer le suivi des manquements déontologiques.
Le rapport mentionne également le Conseil régional de l’Ordre des médecins Antilles-Guyane dans plusieurs passages relatifs à la gouvernance et aux dépenses de représentation. L’IGF cite notamment le financement d’une cérémonie de distinction destinée aux conseillers ordinaux, incluant restauration, hébergement et prestations d’animation, pour un montant supérieur à 16 000 euros.
Ces éléments devraient alimenter les débats au sein des instances ordinales locales, dans un contexte où la Guyane fait face à des défis majeurs en matière d’accès aux soins et d’attractivité médicale.
Face à ces constats, l’Inspection générale des finances préconise une transformation en profondeur de l’organisation de l’Ordre des médecins. Parmi les pistes avancées figurent le renforcement des contrôles internes, une meilleure transparence financière, l’ouverture de la gouvernance aux représentants des patients et une recentralisation des missions autour de la protection de la sécurité des soins.
Alors que l’Ordre des médecins joue un rôle central dans la régulation de la profession médicale, ce rapport pourrait marquer un tournant majeur dans son fonctionnement et ouvrir un vaste chantier de modernisation à l’échelle nationale.