En Guyane, les trajets domicile-travail restent majoritairement locaux. Selon la dernière publication de l’Insee Guyane parue le 7 mai 2026, près de sept travailleurs sur dix exercent leur activité dans leur commune de résidence. Une particularité territoriale qui limite les longues distances, mais n’empêche pas une forte dépendance à la voiture, notamment autour de Cayenne où la congestion routière continue de s’intensifier.
En 2022, 77 300 Guyanais se déplacent quotidiennement pour rejoindre leur lieu de travail, soit 97 % des actifs occupés. C’est 18 800 personnes de plus qu’en 2012, une hausse de 32 % en dix ans.
Malgré cette augmentation, les distances parcourues restent relativement faibles : un trajet domicile-travail mesure en moyenne 8,6 kilomètres en Guyane, contre plus de 13 kilomètres dans l’Hexagone hors Île-de-France. Trois travailleurs sur quatre parcourent moins de 10 kilomètres par trajet.
Cette organisation reflète un marché de l’emploi fortement territorialisé, où les bassins de vie et d’activité demeurent très localisés.
L’étude révèle que 67 % des actifs travaillent directement dans leur commune de résidence, contre 64 % dix ans plus tôt.
Les communes isolées ou non routières affichent les taux les plus élevés de travailleurs “non-navetteurs”. À Saül, Camopi, Maripasoula ou encore Papaïchton, plus de 90 % des habitants travaillent localement.
Même constat dans les grands pôles de l’Ouest guyanais comme Saint-Laurent-du-Maroni ou Kourou, où neuf actifs sur dix exercent leur emploi dans leur commune.
À l’inverse, les communes périphériques de Cayenne, comme Matoury, Remire-Montjoly ou Macouria, fonctionnent davantage comme des territoires résidentiels. Moins d’un travailleur sur deux y exerce son activité sur place.
Sans surprise, la voiture reste le principal moyen de transport en Guyane. En 2022, 78 % des actifs utilisent leur véhicule personnel pour aller travailler, soit environ 60 600 automobilistes.
Même pour les trajets courts, la voiture s’impose. L’Insee note que son usage progresse encore depuis 2012, au détriment de la marche.
Cette dépendance automobile demeure toutefois légèrement inférieure à celle observée dans les autres territoires ultramarins et en métropole. Plusieurs facteurs expliquent cette situation :
Les scooters et motos représentent ainsi 6 % des déplacements domicile-travail en Guyane, un niveau nettement supérieur à celui observé en Guadeloupe ou en Martinique.
Autre spécificité guyanaise : la marche conserve une place importante dans les déplacements professionnels.
Environ 6 900 personnes, soit 9 % des travailleurs, vont travailler à pied. Ce chiffre reste supérieur aux moyennes observées ailleurs en Outre-mer.
Dans certaines communes isolées comme Ouanary ou Saül, l’absence d’infrastructures routières renforce naturellement ce mode de déplacement. Dans d’autres secteurs comme Régina ou Saint-Georges, la proximité entre logements et emplois favorise également les trajets à pied.
Le vélo reste marginal mais davantage utilisé qu’ailleurs dans les territoires ultramarins, avec 4 % des travailleurs concernés.
Le principal enseignement de l’étude concerne la pression exercée sur l’agglomération cayennaise.
Avec près de 36 % des emplois guyanais, Cayenne attire quotidiennement des milliers de navetteurs venus principalement de Matoury et Remire-Montjoly.
Chaque jour, environ 24 500 automobilistes circulent dans Cayenne pour aller travailler. Une situation qui alimente les embouteillages récurrents aux heures de pointe et pose la question du développement des transports collectifs et des mobilités alternatives.
Aujourd’hui, seuls 3 % des travailleurs utilisent les transports en commun en Guyane, malgré une légère progression du nombre d’usagers depuis 2012.
L’étude souligne également des différences selon les profils sociaux.
Les jeunes actifs de 15 à 29 ans recourent davantage à la marche, au vélo ou aux transports collectifs, souvent pour des raisons budgétaires. Les familles monoparentales utilisent également plus fréquemment les alternatives à la voiture.
À l’inverse, les cadres restent les plus dépendants de l’automobile.
Cette photographie des mobilités en Guyane met en évidence un paradoxe : malgré un emploi fortement localisé et des distances relativement courtes, la voiture continue de gagner du terrain.
Dans un territoire confronté à une croissance démographique rapide et à des infrastructures routières déjà saturées, les enjeux liés aux transports, à l’urbanisation et à l’organisation des bassins d’emploi devraient devenir centraux dans les prochaines années.
L’étude complète est disponible sur le site de l’Insee Guyane