Haïti : les policiers tchadiens en première ligne d’une nouvelle force internationale antigang

Port-au-Prince — Une nouvelle étape vient d’être franchie dans les efforts internationaux visant à rétablir la sécurité en Haïti. Plus d’une cinquantaine de policiers tchadiens ont été déployés cette semaine dans la capitale, marquant le lancement opérationnel de la Force de répression des gangs (FRG), une mission multinationale appelée à remplacer la précédente Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS).

Ce déploiement initial, qualifié de « pré-déploiement » par des sources gouvernementales, place le Tchad au premier rang des pays engagés dans cette nouvelle initiative soutenue par les Nations unies. À terme, environ 1 500 policiers tchadiens devraient participer à cette force, dont 350 pourraient être mobilisés dans les prochains jours.

La FRG, qui doit compter jusqu’à 5 500 membres issus de 18 pays, a pour objectif de renforcer les capacités de la police haïtienne face à des gangs lourdement armés, responsables d’une escalade de violences depuis plusieurs années. Meurtres, enlèvements, viols et pillages rythment le quotidien de nombreuses régions, notamment dans la capitale et le département de l’Artibonite.

L’arrivée des policiers tchadiens intervient dans un contexte sécuritaire particulièrement tendu. Le week-end dernier, une attaque meurtrière à Petite-Rivière-de-l’Artibonite a fait plus de 70 morts, selon des sources concordantes des Nations unies et d’organisations de défense des droits humains.

En se positionnant comme les premiers éléments déployés, les forces tchadiennes jouent un rôle clé dans la mise en place de cette nouvelle architecture sécuritaire. Leur présence est perçue comme un signal fort de l’engagement africain dans la stabilisation d’Haïti, alors que plusieurs contingents de la MMAS, notamment kényans, amorcent leur retrait progressif du territoire.

Dirigée jusqu’ici par le Kenya, la MMAS avait été déployée en juin 2024 pour tenter d’endiguer la violence des gangs. Toutefois, ses résultats mitigés et la nécessité d’une approche renforcée ont conduit à la création de la FRG, désormais appelée à prendre le relais.

La transition entre les deux missions se veut progressive. Quelques centaines de policiers kényans devraient rester en Haïti jusqu’en octobre afin d’assurer la continuité des opérations sur le terrain.

Parallèlement, la nouvelle force se structure sur le plan diplomatique et stratégique. Le représentant spécial de la FRG, le Sud-Africain Jack Christofides, est arrivé récemment à Port-au-Prince pour coordonner les efforts internationaux et superviser le déploiement des contingents.

Dans ce contexte, la contribution du Tchad apparaît déterminante. En ouvrant la voie à la FRG, ses policiers incarnent l’avant-garde d’une mission qui devra relever un défi majeur : restaurer l’ordre public et permettre à Haïti d’amorcer un retour à la stabilité après des années de crise profonde.